Lancé en pleine mer et
naviguant au large, ce navire bravait tous les aléas de la vie avec
force et détermination. Qu’importent les embûches, les vagues
plus fortes ou plus hautes. Qu’importent les vents forts, les
voiles étaient hissées et s’acharnaient à le mener à bon port.
Au gouvernail, je faisais
l’effort de le diriger du mieux que je pouvais, avec toute l’envie
et la conviction que le voyage serait long et beau. Une beauté
malgré des vents pénibles et une météo parfois orageuse. Au cours
de ce voyage, j’ai pu rencontrer des gens, tous différents, mais
dans lesquels je m’étais efforcée d’en tirer le meilleur de
chacun. Ce fruit de cette remise en question : l’ouverture aux
autres. Tellement ouverte que je me suis donnée sans compter. Donnée
pour eux, pour ce mouvement, pour les gens qui le font vivre, pour
ces jeunes qui y adhèrent. Pour moi aussi : pour atteindre un
bonheur non encore découvert. « Le bonheur n’appartient pas
à ceux qui l’attendent assis » : je l’ai cherché, je
suis allée à son encontre mais il est désormais temps de rendre
les armes et de tirer un bilan…
Du bonheur trouvé ?
Certes. Des rencontres ? Nul doute. Des échanges ?
Enrichissants. Mais au fond, quels apports ? Quels apports si ce
n’est avoir donné de ma personne, gratuitement, en attendant
secrètement un remerciement pour cet engagement que je tenais avec
dévouement. Ce même engagement que j’ai prononcé et dont j’ai
pu témoigner devant des personnes qui me sont chères.
Mais
combien d’injustice pour ces instants de bonheur reçus ?
Combien de fois à déplorer ces attitudes de ceux qui en tirent les
ficelles et qui créent peu à peu un monde aussi injuste que celui
dans lequel nous vivons quotidiennement ? N’est-ce pas une
amorce de rejet de ces valeurs ? Ou plutôt n’est-ce pas une
prise de conscience que ces valeurs ne se vivent, à mes yeux, pas
comme je l’entends ?
La beauté de bâtir des
projets pédagogiques avec des axes tous plus beaux et enrichissants
les uns que les autres. La conviction qu’un mouvement peut
s’adonner à un projet éducatif aussi riche et ambitieux. Mais le
bénévolat n’a-t-il pas justement un rôle néfaste dans ce
respect ? N’est-il finalement pas ce qui le désintègre et
lui porte atteinte progressivement ? Pourquoi y aurait-il tant
d’opinions négatives si les bonnes actions étaient reconnues de
manière juste ?
Un cercle, la forme qui
tend à faire croire que l’humanité peut être réunie au sein
d’une même envie, je dirais même d’une même passion. Le
bénévolat a pour vocation à ce que chacun de nous puisse donner de
son temps, selon ses propres occupations pour faire vivre aux autres
des moments joyeux et éducatifs. Faire grandir, partager,
l’ouverture au monde, protéger l’environnement, éduquer des
filles et des garçons : des beaux mots dans une belle enveloppe
mais sans substance concrète à l’intérieur. Ce même cercle dans
lequel chacun des maux doit être tenu secret, voir même refoulé de
peur de voir une vérité lourde de conséquences. Pas prêt à
affronter des choses inacceptables ? N’est-ce pas finalement
un déni que de s’acharner à ne faire vivre, subjectivement, des
choses bonnes et de renier ce qui pourrait lui être néfaste ?
La faiblesse de ce cercle se trouve justement là. Les voiles de mon
navire étaient fortes, elles sont désormais abimées mais la
réparation les rendra que plus solides et capables d’affronter des
mers encore plus déchainées.
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